EDE : Claude Joseph désigné candidat, la modernisation du parti mise à l’épreuve

Crédit photo: X @claudejoseph03
 

EDE : Claude Joseph désigné candidat, la modernisation du parti mise à l’épreuve?

Par Gregory “Gregg Le Jérémien” REMARAIS

 

 

La désignation de Claude Joseph comme candidat du parti Les Engagés pour le Développement (EDE) à la prochaine élection présidentielle ne passe pas inaperçue.

Réuni jeudi 17 septembre 2026 à l’hôtel El Rancho, le Bureau politique national d’EDE a choisi à l’unanimité le fondateur et leader du parti pour porter ses couleurs à la présidentielle.

Sur le papier, il s'agit d'une décision interne à une formation politique qui ne devrait susciter aucun débat particulier. Mais la manière dont elle est intervenue alimente depuis quelques heures les commentaires et les interrogations sur les réseaux sociaux.

Et pour cause.

Une primaire sans le chef

Avant cette décision, EDE avait publiquement fait connaître trois candidats engagés dans le processus de sélection interne : Jean Marc Berthier Antoine, Helph Monod Honorat et Joseph Harold Pierre.

Le nom de Claude Joseph ne figurait pas parmi ces trois candidats. Une première surprise.

Pourtant, au terme du processus, c’est précisément le leader du parti qui a été choisi par le Bureau politique national.

C'est ce contraste qui attire particulièrement l'attention.

Depuis plusieurs semaines, certains observateurs et sympathisants saluaient la volonté affichée par EDE de moderniser le fonctionnement d'un parti politique haïtien en mettant en place un processus de sélection avec plusieurs prétendants.

La désignation finale de Claude Joseph vient cependant assombrir ce ciel de modernisation dans la perception d'une partie de l'opinion.

Le problème n'est pas nécessairement le choix de Claude Joseph en lui-même. C'est plutôt le fait que celui qui dirige le parti n'ait pas participé au même processus que ceux qui étaient présentés comme candidats à son investiture.

Une polémique essentiellement sur les réseaux sociaux

Il convient toutefois de faire une distinction importante. La polémique que suscite cette désignation semble pour l'instant principalement se manifester dans les commentaires et discussions sur les réseaux sociaux.

Aucun des trois candidats déclarés aux primaires n'a, jusqu'à présent, contesté le choix de leur leader ni dénoncé une quelconque irrégularité autour du processus.

Cette absence de contestation publique mérite d'être soulignée. Elle ne permet pas de conclure que tous les protagonistes partagent nécessairement la même lecture de la procédure, mais elle signifie qu'aucune accusation d'irrégularité n'a été publiquement formulée par les trois candidats concernés.

Il faut donc éviter de transformer une interrogation de l'opinion en accusation contre EDE.

Une occasion manquée ?

C'est justement sur le terrain de la perception que le choix de Claude Joseph devient intéressant.

Dans son élan de moderniser effectivement son parti, il aurait été plus élégant si le Dr Claude Joseph avait participé, comme les autres candidats, aux primaires organisées par son parti.

Une telle participation aurait rendu le processus plus lisible et, surtout, plus crédible aux yeux de l'opinion publique.

Le leader du parti aurait été soumis aux mêmes règles que les autres prétendants. Il aurait pu défendre sa vision devant les membres d'EDE et obtenir son investiture au terme du même processus.

Le résultat aurait peut-être été identique. Mais la perception, elle, aurait certainement été différente.

Les vieilles habitudes ont-elles la vie dure ?

C'est là tout le paradoxe.

EDE cherche à se présenter comme une formation politique moderne, avec des mécanismes internes qui semblent vouloir rompre avec certaines pratiques traditionnelles de la politique haïtienne.

Mais lorsque vient le moment de choisir son candidat à la présidence, c’est finalement le leader du parti, pour ne pas dire son « Président-Directeur Général », comme l’aurait certainement formulé Mamane de la République du Gondwana, qui obtient l’investiture, alors même qu’il n’avait pas pris part aux primaires comme les trois autres prétendants.

Malgré plusieurs années d'expérience au niveau de l'appareil étatique et un semblant de modernisation, il faut croire qu'effectivement, les vieilles habitudes ont la vie dure.

La question n'est donc pas de savoir si Claude Joseph pouvait être désigné candidat par EDE.

La question est beaucoup plus simple : pourquoi ne pas avoir soumis le chef aux mêmes règles que les autres ?

Car lorsqu’un parti veut convaincre l’opinion publique qu’il entend rompre avec les vieilles pratiques politiciennes, le meilleur moyen de le démontrer reste encore de faire les choses différemment. Malheureusement, EDE vient de laisser filer cette occasion.



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