Vertières et la FIFA : la mémoire de l'esclavage est-elle devenue un sujet politique ?
52 ans après sa première participation à une Coupe du Monde de la FIFA, la sélection haïtienne a obtenu sa qualification directe sur le terrain. Par un pur hasard du calendrier des éliminatoires de la zone CONCACAF, cette qualification a été acquise le 18 novembre 2025 lors de l’ultime rencontre, en battant le Nicaragua à Willemstad (Curaçao). Haïti s’est ainsi emparée de la première place du groupe C avec 11 points (+3), devant le Honduras (9 pts, +3), le Costa Rica (7 pts, +2) et le Nicaragua (4 pts, -8).
Pour marquer cette qualification historique, survenue le jour où la première République noire du monde commémore la Bataille de Vertières, ultime combat contre les forces impériales de Napoléon Bonaparte en 1803, SAETA, l’équipementier des Grenadiers (surnom de la sélection haïtienne de football), a voulu immortaliser cette date en reproduisant sur le maillot officiel de la sélection le croquis des héros de Vertières.
Comme l’exigent les règlements de l’organisation de la Coupe du Monde de la FIFA, un échantillon de ce maillot avait été soumis par la FHF à l’instance mondiale dès mars 2026, et les Grenadiers l’ont porté lors des derniers matchs de préparation disputés au début du mois de juin. Cependant, à moins d’une semaine de son premier match, le public a été informé par l’équipementier qu’au cours de l’examen du dossier, « la FIFA a estimé que certains éléments visuels pouvaient être interprétés différemment au regard de son règlement sur les équipements et a finalement demandé des modifications du design.
Bien que cette interprétation diverge de notre intention initiale, SAETA a respecté la procédure et a mis en œuvre les exigences finales communiquées par la FIFA. »
Selon les informations recueillies, la demande de modification du maillot reposerait sur une possible « interprétation politique » de certains éléments visuels. Cette explication n’a pas manqué de susciter des interrogations, certains observateurs y voyant un parallèle avec les réticences exprimées par plusieurs pays occidentaux à l’ONU le 25 mars 2026 lors du vote d’une résolution portée par le Ghana, laquelle qualifiait la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage fondé sur des critères raciaux de « plus grave crime contre l’humanité ».
En quoi un symbole de la lutte contre l’esclavage pourrait-il constituer un préjudice politique? Le maillot d’Haïti est-il le seul à comporter des images ou des symboles historiques? La lutte contre l’esclavage relève-t-elle du domaine politique, culturel, historique ou humanitaire ? L’Assemblée nationale française a finalement aboli, le 28 mai 2026, le “Code noir” qui encadrait l’utilisation des personnes noires comme biens meubles. Ne serait-ce pas l’occasion de permettre aux descendants des premiers Noirs ayant combattu l’esclavage d’honorer leurs ancêtres ?
Quelle que soit la justification invoquée, il est difficile de comprendre qu’un hommage aux héros de Vertières puisse être perçu comme problématique dans le cadre d’une compétition qui célèbre la diversité des nations et des cultures. Pour de nombreux Haïtiens, ce maillot ne représentait ni un message politique ni une revendication contemporaine, mais la mémoire d’un peuple et de son combat pour la liberté. Cette décision intervient dans un contexte international où plusieurs États occidentaux continuent de manifester des réticences lorsqu'il s'agit de reconnaître pleinement les conséquences historiques de l'esclavage et de la traite transatlantique. Il est donc compréhensible que de nombreux Haïtiens y voient plus qu'une simple question de règlement sportif.
Alaso ! (À l’assaut !)
Gregory "Gregg Le Jérémien" Remarais

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